La série Présences du regard explore ce qui se joue entre celui qui observe, ce qui est observé et l’espace qui les relie.
Figures humaines, présences animales, architectures ou mouvements collectifs deviennent autant de points d’ancrage pour le regard. Chaque œuvre transforme une scène issue du réel afin d’en faire émerger une présence, une tension ou une relation. Le sujet n’est jamais seulement représenté : il organise la perception et modifie la manière dont l’espace est regardé.
Par la simplification des formes, les contrastes marqués et un travail affirmé de la couleur, les images s’éloignent de leur origine photographique pour rejoindre une figuration contemporaine numérique. Le réel reste identifiable, mais il est déplacé, condensé et réinterprété.
Le regard circule alors entre proximité et distance, apparition et effacement, immobilité et mouvement. Parfois frontal, parfois indirect, il peut appartenir à celui qui photographie, à l’être représenté ou au spectateur lui-même.
Présences du regard interroge ainsi la perception comme acte de transformation : regarder n’est plus seulement constater ce qui est là, mais construire une relation avec le vivant, l’espace et l’image.
Échelle humaine

La silhouette, réduite à une échelle presque minimale, s’inscrit dans un espace dominé par la répétition des marches, les lignes verticales et les masses colorées. L’escalier cesse d’être un simple élément urbain pour devenir une structure qui organise autant le déplacement du corps que celui du regard.
Le traitement de l’image simplifie les détails au profit de surfaces, de contrastes et de densités chromatiques. Les ocres, les bruns et les zones d’ombre composent un espace dans lequel la figure humaine devient à la fois point de repère et point de fuite.
Le regard est ainsi conduit à travers l’architecture, suivant une présence qui s’éloigne tout en donnant sa mesure au lieu. La scène ne raconte pas seulement un déplacement : elle interroge la manière dont une présence transforme notre perception de l’espace.
Comme dans l’ensemble de la série Présences du regard, regarder devient ici une manière de se situer : face à un être, au cœur d’un environnement, ou dans la distance qui les sépare.
La traversée vive

Le traitement chromatique transforme radicalement la scène. Les violets profonds, les roses saturés et les éclats de vert acide détachent l’œuvre de toute représentation naturaliste. La transhumance devient ici un phénomène visuel : un déplacement collectif converti en vibration, en rythme et en flux.
À mesure que le regard parcourt l’image, les corps apparaissent puis se fondent les uns dans les autres. Les répétitions de formes construisent une matière presque abstraite, tandis que quelques silhouettes plus distinctes rappellent la présence concrète du vivant au cœur de cette densité.
La traversée vive ne cherche pas à documenter un déplacement pastoral. Elle en extrait l’énergie. Le paysage devient passage, la foule devient matière, et la couleur transforme un geste ancestral en vision contemporaine, presque irréelle.
Figure souveraine

Le traitement graphique simplifie les volumes et les matières pour aller vers une forme de condensation visuelle. Les couleurs sourdes, terreuses, et les aplats nuancés éloignent l’image de la photographie pure pour la faire basculer vers un territoire plus pictural, où le réel semble filtré par une perception intérieure.
Le regard de l’animal, direct sans être agressif, crée une relation immédiate avec celui qui observe. Il ne s’agit plus seulement de représenter une chèvre, mais de faire émerger une présence singulière, presque emblématique, à la frontière entre portrait animalier et figure symbolique.
Par sa frontalité et son dépouillement, l’œuvre donne au vivant une forme de dignité silencieuse. Elle révèle dans l’animal non seulement une force, mais une individualité, comme si cette présence ordinaire devenait soudain une icône du monde vivant.
Présences jumelles

Le traitement graphique transforme la scène naturelle en une composition de masses, de fragments et de couleurs sourdes. Les formes des animaux se détachent sans jamais se séparer complètement du fond : leurs corps semblent faits de la même substance que le végétal qui les entoure.
Le regard frontal du premier animal crée un point d’arrêt immédiat. À ses côtés, l’autre figure introduit un léger décalage, une présence plus latérale, presque protectrice. Ensemble, elles construisent une relation silencieuse, sans narration imposée, où proximité et vigilance coexistent.
L’œuvre ne cherche pas à reproduire fidèlement la nature. Elle la transforme en un espace de perception où les frontières entre les êtres et leur environnement deviennent instables. Les couleurs inattendues, les simplifications de formes et la profondeur assombrie donnent à cette rencontre une dimension presque mentale.
Présences jumelles évoque ainsi un vivant qui ne se contente plus d’être observé : il semble regarder à son tour, occuper pleinement l’image et imposer sa propre présence.
Le regard dans l’ombre

L’image ne montre pas seulement un photographe au travail : elle met en scène l’acte même de regarder. Celui qui observe devient à son tour une présence observée, réduit à une silhouette, presque anonyme, tandis que l’appareil semble devenir le véritable point de contact entre l’espace visible et ce qui cherche encore à apparaître.
Le traitement volontairement épuré, proche de l’aplat et de la gravure contemporaine, efface une partie des détails pour renforcer les lignes, les contrastes et les matières. Les murs, le sol, l’encadrement de la porte et la lumière construisent une profondeur presque théâtrale, comme si la scène se situait à la frontière entre document et fiction.
Cette œuvre parle ainsi du regard, mais également de la position de celui qui crée : présent dans l’image tout en restant en retrait, entre l’ombre et la lumière, entre ce qui existe déjà et ce qu’il tente de révéler.
